
Crédits : Collection Roger-Viollet / Granger
Tout le monde connaît Denis Diderot en tant qu’Encyclopédiste et coauteur du Dictionnaire de la Musique ainsi qu’un des plus brillants esprits du Siècle des Lumières.
En revanche, il reste encore mal connu comme le père méritant de sa fille Marie-Angélique à qui il a garanti des études et une éducation exceptionnelles au sein d’un milieu bourgeois, dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle.
La vie hors du commun de Mademoiselle Diderot lui fit connaître la fin de l’Ancien Régime, la Révolution, le Directoire, le Consulat, le Premier Empire et la Restauration avec le retour de Louis XVIII. Elle oscilla entre le bonheur et l’abondance, le désarroi et les déceptions que lui porta chacune de ces périodes. Grâce à la force de son caractère, elle réussit à les surmonter avec courage et détermination.
Marie-Angélique Diderot fait partie des femmes françaises qui ont porté sur leurs épaules le poids des grands bouleversements socio-politiques et des tragédies nationales.
Le contexte familial du couple de Denis Diderot
Denis Diderot naît en septembre 1713 à Langres dans une famille d’artisans couteliers aisés. Il est le plus âgé d’une fratrie nombreuse, dont seulement quatre enfants ont vécu jusqu’à l’âge adulte.
Destiné par son père à embrasser l’état ecclésiastique, il fait ses premières études au collège des jésuites à Langres. N’ayant aucune vocation à devenir prêtre, mais assoiffé de connaissances, il réussit à convaincre ses parents d’aller poursuivre ses études à Paris.
Après un passage au Lycée Louis le Grand, il reçoit le diplôme de maître ès arts au Collège d’Harcourt, avant d’entrer à la Sorbonne où il obtient le baccalauréat1 en 1735. Bien qu’agréable en société et doté d’un esprit brillant, il ne parvient pas à trouver son profil professionnel. Il ignore ce qui l’intéresse vraiment et vit presque au jour le jour de petits travaux dans des divers domaines. Il gagne mal sa vie, mais il ne veut pas en informer ses parents, de peur qu’ils n’exigent son retour à Langres.
Il s’intéresse au théâtre et aux mathématiques, il assiste à des cours de médecine et il apprend l’anglais. Enfin, il se lance dans la traduction et l’écriture de textes de toutes sortes. Il se dit heureux à cette époque car il aime apprendre. Tous les gens qu’il rencontre le décrivent comme “un jeune homme facile à vivre, voulant devenir un bon écrivain et encore un meilleur philosophe”. Voltaire l’affublera plus tard du sobriquet de “pantophile”: celui qui aime tout, qui s’intéresse à tout.
Ses fréquents déménagements le conduisent rue Boutebrie, au carrefour Saint-Michel – Saint-Germain où il fait connaissance d’une belle lingère qui tient un commerce de dentelle avec sa mère dans la petite maison qu’elles occupent. Nous sommes en 1741, Diderot n’a toujours pas de situation professionnelle stable, tandis qu’Anne-Toinette Champion (c’est le nom de la jeune fille) tire bon profit avec sa mère de leur travail. Denis, qui loue une chambre chez les dames Champion, tombe vite sous le charme de la demoiselle, et sans trop réfléchir il décide de l’épouser. Le mariage a lieu sans le consentement des parents Diderot, car Denis a choisi de leur cacher son union, tout simplement. Ils ne rencontreront Toinette que quelques années plus tard.
Les premiers élans amoureux passés, Denis l’érudit ne tarde pas à se rendre compte de l’erreur qu’il a commise en épousant Anne-Toinette : il ne peut qu’amèrement contempler le gouffre intellectuel qui les sépare…
Mademoiselle Champion est née en 1710 à la Ferté-Bernard dans une famille de petite noblesse de Mayenne. Son grand-père maternel, monsieur de Malville, est mort en laissant dans la pauvreté sa fille unique, Marie. Fort heureusement, celle-ci a pu épouser un riche manufacturier d’étamine, monsieur Ambroise Champion, dont elle a eu deux filles. L’aînée des deux s’appelle Anne-Toinette.
La famille part pour Paris, où monsieur Champion se ruine en se lançant dans des spéculations hasardeuses ; désespéré par sa situation, il meurt peu de temps après.
Sans ressources, madame Champion entreprend de s’installer comme lingère et blanchisseuse, aidée par une amie d’enfance.
Celle-ci s’occupe aussi de la petite Anne-Toinette en lui payant une place d’élève au couvent des Miramiones2 où elle apprend les rudiments d’écriture et de lecture, ainsi qu’un métier “pour n’avoir besoin des secours de personne”3. Il est possible que sa sœur cadette ait été placée dans la même Institution.
Hélas, la fortunée amie décède quelques années plus tard et Toinette doit quitter le couvent. Dès lors, elle se met à travailler avec sa mère dans le même commerce de linge et de blanchisserie. Elle est pieuse et elle a les idées bien arrêtées, n’étant pas très au fait des événements du monde extérieur.
Le mariage de Denis Diderot et de Toinette Champion a lieu le 6 novembre 1743 à l’église Saint-Pierre-aux-Boeufs à Paris, une église qui marie clandestinement les couples (c’est-à-dire sans le consentement de leurs parents).
Nanette, comme Diderot appelle sa femme, est vive et s’emporte facilement sur des coups de tête. Son beau parleur de mari ne l’impressionne guère et elle lui fait vivre un enfer en se querellant avec lui pour la moindre broutille. D’après Jean-Jacques Rousseau, elle n’est pas “présentable” en société : lui aussi redoute la véhémence de ses réactions. Elle aime pourtant sincèrement son mari et elle est prête à tous les sacrifices pour lui faire plaisir.
Denis aime aller prendre le café au Procope et y assister aux parties d’échecs entre les meilleurs joueurs du moment. C’est ainsi qu’il fait la connaissance de François-André Philidor, Jean-Jacques Rousseau et l’abbé Etienne de Condillac4, et qu’il se lie d’amitié avec eux. C’est Toinette qui “finance” ces sorties à son mari, toujours à court d’argent…
Trois enfants naissent chez les Diderot, tous morts en bas âge, ce qui n’arrange pas les relations conflictuelles entre les deux époux.
Diderot se met à fuir le foyer conjugal. Il se rend souvent en province, reçu par des personnalités rencontrées dans les salons parisiens, comme Madame de Puisieux avec qui il noue une liaison, ou encore le baron d’Holbach ou madame d’Epernay, la grande amie de Rousseau. Un peu plus tard, il se met à fréquenter aussi l’orfèvre Etienne Belle, qui habite à Sèvres. Leurs résidences offrent un véritable havre de paix dont Diderot a besoin pour travailler.
Il publie Les pensées philosophiques, Les bijoux indiscrets et La lettre sur les aveugles à l’usage de ceux qui voient. Ce dernier ouvrage fut interdit à la publication et lui valut un emprisonnement de trois mois à Vincennes.
Pendant ce temps, Anne-Toinette vit mal les absences et les infidélités de son mari. Elle est toute à son travail, qui est la seule source de revenus stables de son couple. La perte de sa mère, Marie Champion, son soutien de toujours, lui donne le sentiment d’être encore plus isolée dans sa vie de femme mariée.
Avec l’édition des premiers volumes de son Encyclopédie au début des années 1750, Diderot commence à percevoir des gages réguliers. Le couple quitte leur modeste logement de la place Maubert pour la rue de l’Estrapade5 sur la Montagne Sainte-Geneviève.
La naissance de Marie-Angélique Diderot
C’est dans cette rue, au numéro 3, que naît leur quatrième enfant, Marie-Angélique, dite Angélique, le 2 septembre 1753. La petite fille reçoit les prénoms de ses deux grand-mères, maternelle et paternelle. Elle est baptisée à l’église Saint-Etienne-du-Mont, la paroisse de ses parents.

Au fur et à mesure que les travaux de l’Encyclopédie avancent, Diderot se tourne vers l’idéologie de l’athéisme et du matérialisme. Néanmoins la piété de son épouse prend le dessus sur ses penchants radicaux, et la petite Angélique reçoit son baptême en bonne et due forme. L’identité de ses parrain et marraine reste inconnue.
La naissance de l’enfant n’améliore pas les relations entre Toinette et Denis. Les querelles vont bon train et nuisent au développement psychologique de la petite fille. “Depuis le dernier orage domestique, nous mangeons séparées (…). Lorsque nous ne nous verrons plus qu’en passant, il faut espérer que nous n’aurons ni l’occasion ni le temps de quereller (sic). Oh, la cruelle vie!“
La naissance d’Angélique transforme Diderot. Il vient d’avoir quarante ans et cette enfant lui procure le désir de s’engager dans son rôle de père et mari, au lieu de courir la province en quête d’un endroit réconfortant et paisible chez ses admirateurs.
Soucieux pour son enfant mais aussi pour lui-même, Diderot profite des gains que continuent à lui rapporter les éditions successives des nouveaux volumes de l’Encyclopédie pour louer un logement spacieux sur deux étages, à l’angle de la rue Taranne et de la rue de l’Égout (aujourd’hui, le numéro 149 du bd Saint Germain).

Sur le plan de Bretez et Turgot vers 1739, il s’agit de l’immeuble à droite, faisant l’angle entre les deux rues, au lieu-dit Carrefour de Saint Benoît. Ce plan permet de mesurer l’ampleur de l’abbaye de Saint-Germain et la place qu’occupent en ce temps les abbayes des autres congrégations, notamment celle des Frères de la Charité, entre les rues Taranne et des Saints-Pères. Pour le reste, c’est un enchevêtrement de rues très étroites et bruyantes.
Diderot installe un spacieux cabinet de travail au cinquième et dernier étage de son immeuble. Le quatrième sert de vaste logement pour sa famille. C’est probablement dans cet immeuble ou dans celui d’à côté que les Diderot vont avoir comme voisines les sœurs de François-André Philidor.
Durant la petite enfance d’Angélique, Denis rencontre des difficultés dans son rôle de père car son épouse s’approprie en quelque sorte leur fille. Connaissant le caractère explosif de Toinette, Denis se résigne à lui laisser le privilège de l’éducation de l’enfant. Cette éducation est avant tout religieuse : Madame Diderot est très pieuse et passe son temps à fréquenter la paroisse avec sa fille. La religion est omniprésente sous l’Ancien Régime. Les cloches des couvents sonnent tous les jours les services religieux : tôt le matin l’angélus, le soir les complies. Les fêtes religieuses sont scrupuleusement observées, davantage qu’aujourd’hui. Au total, on compte à l’époque au moins quarante jours de congés annuels.
À l’âge de cinq ans Angélique sait lire, comme le rapporte sa mère dans une lettre à sa belle-soeur Denise Diderot, bardée de fautes d’orthographe : “Engélique se porte mieux. Elle ne brode pas encore, mais quemance à faire le point de tapisserie. Elle lit couramment dans l’Ancien Testament”.
Plus tard, dans ses lettres, Angélique confiera que le foyer familial pour elle a toujours été la maison de son grand-père Didier Diderot et de sa tante Denise, à Langres. Contrairement à la hargneuse Toinette, Denise est douce et chaleureuse. Grâce à sa complaisance et son indulgence, elle réussit à conquérir aussi l’amitié de sa belliqueuse belle-sœur. On peut tout de même excuser le caractère batailleur de Toinette Champion qui n’a toujours compté que sur elle-même, et travaillé dur depuis ses 16 ans. De plus, les absences et les infidélités de son mari l’ont déçue et rendue amère.
Denis Diderot n’a pas la vie familiale à laquelle il a tant aspiré après la naissance d’Angélique. Sa femme continue ses querelles avec lui et leurs domestiques.
Résigné, Denis se reprend à s’absenter, comme avant, parfois pendant plusieurs semaines. C’est aux alentours de l’année 1760 qu’il rencontre l’amour de sa vie : Louise-Honorine Volland, qu’il rebaptise Sophie (“Sagesse” en grec) en l’honneur des qualités de son esprit et de sa culture. Il lui écrit de nombreuses lettres où il lui parle de sa fille et de ses soucis familiaux.
En quittant la rue Taranne, Diderot ne voit plus sa petite fille et lorsqu’il revient, il la trouve en mauvaise santé, minaudante et mal éduquée. Elle souffre certainement alors de la mésentente de ses parents et elle vit mal les colères de sa mère. Par ailleurs, elle a une santé fragile : “Je suis un peu inquiété (sic) de la santé d’Angélique et de ses indigestions. Demain, peut-être, ce ne sera plus rien… mais on est père tous les jours”.
Étant souvent absent, Diderot ne voit pas souvent sa fille, mais quand il revient chez lui, la jeune fille l’inquiète. Il écrit dans une lettre datée de septembre 1761 (Angélique vient alors d’avoir huit ans) : “Il y avait environ vingt-cinq jours que je n’avais aperçu mon enfant. Je l’ai trouvée tout à fait empirée. Elle grasseye… elle grimace… elle boude et pleure pour rien… elle dit des mots des rues… elle est dégingandée… Le goût du travail et de la lecture qui lui était familier, se perd… Elle est grande… Elle a de l’aptitude dans tous les exercices du corps et de l’esprit ; sa mère qui s’en est emparée, ne souffrira jamais que j’en fasse quelque chose”. Le hasard en aura voulu autrement.
Un an plus tard, Toinette tombe malade et doit garder le lit pendant une longue période. Elle est victime d’une dysenterie avec complications et ne peut plus vaquer à ses devoirs ni s’occuper de sa fille. Denis Diderot peut enfin entrer en scène en tant que père et éducateur d’Angélique. Madame Diderot n’a pas d’autre choix que de le laisser faire.
L’éducation et les études de Marie-Angélique Diderot, vues par son père
La première volonté du philosophe concernant sa fille était qu’elle se marie. Alors qu’elle n’avait que deux ans, il avait déjà écrit que tout ce qu’il désirait pour sa fille était une bonne éducation et de nombreux biens à lui laisser pour constituer sa future dot. Le mariage de sa fille était une telle obsession pour lui qu’il l’avait déjà promise comme épouse à l’un des fils de son meilleur ami de Langres, Nicolas Caroillon, alors que leurs enfants n’avaient encore que deux ans pour Angélique et neuf ans pour Abel François Caroillon.
Au XVIIIe siècle, l’éducation des jeunes filles était un sujet brûlant. Montesquieu, Voltaire, Madame de Graffigny et Madame du Châtelet considéraient la femme égale de l’homme par l’esprit et capable d’apprendre les sciences, les arts et de jouer un grand rôle en société. De ce fait, elles devaient avoir accès à une instruction vaste comme celle réservée aux jeunes hommes (excepté l’art militaire).
Les salonnières parisiennes comme Madame de Puisieux, l’ancienne maîtresse de Diderot, proposaient l’étude des lettres, de l’histoire de France, du latin, du grec et un peu de philosophie, à la place des habituels romans à l’eau de rose.
Quant à Rousseau, il considérait la condition féminine fragile, ayant besoin de la protection de l’homme ; la femme devait accomplir avant tout son rôle d’épouse et de mère. Elle ne devait faire qu’un minimum d’études générales pour ne pas être distraite de sa mission principale. Il y a des raisons de croire que Rousseau honnissait les brillants esprits féminins qui devisaient dans les salons parisiens sur les sciences, la philosophie ou la politique.
En 1762, lorsque Diderot prend enfin en charge l’éducation d’Angélique, la majorité des progressistes trouvent déraisonnable de confier les petites filles à des nourrices ou des servantes : elles doivent selon eux rester près de leur mère pour s’assurer du bon soin de leur santé affective et physique. C’est peut-être pour cela que Diderot n’a pas cherché à arracher son enfant des bras de sa mère, même si son éducation intellectuelle et culturelle devait en pâtir.
La maladie de Madame Diderot ouvre la voie à la prise en main de l’éducation d’Angélique par son mari, comme en témoigne une lettre écrite par lui à Sophie Volland, une semaine après le début de la maladie de Toinette. Cette prise en main par le philosophe coïncide curieusement avec la rédaction de son chef-d’œuvre Le neveu de Rameau, à la charnière de 1761-1762.
Le dialogue entre Denis Diderot (MOI) et Jean-François Rameau (LUI), neveu du compositeur Jean-Philippe Rameau, comporte des questions sur l’éducation et l’instruction de la fille du philosophe.
LUI : Quel âge a l’enfant ?
MOI : A peu près huit ans.
LUI : Elle aurait dû déjà apprendre à jouer du clavecin qu’on commence à quatre ans.
MOI : Je ne me souciais pas trop de faire entrer dans son plan d’éducation une étude qui exige beaucoup de travail et ne sert pas à grand-chose.
LUI : Et que lui apprendrez-vous donc, s’il vous plaît ?
MOI : À raisonner juste, si je puis ; … chose rare parmi les femmes.
…
LUI : Point de danse ?
MOI : Pas plus qu’il n’en faut pour faire une révérence, avoir un maintien décent, se bien présenter et savoir marcher.
LUI : Point de chant ?
MOI : Pas plus qu’il n‘en faut, pour bien prononcer.
LUI : Point de musique ?
MOI : S’il y avait un bon maître d’harmonie, je la lui confierais volontiers, deux heures par jour, pendant un ou deux ans (…) (avant tout) de la grammaire, de la fable, de l’histoire, de la géographie, un peu de dessin et beaucoup de morale.
Pour rappel, Diderot a rencontré Jean-François Rameau au Café Le Régent, où ils avaient leurs habitudes. Le dialogue ci-dessus a probablement existé parmi toutes les autres conversations entre les deux hommes. Contrairement à ce qu’il explique à Jean-François Rameau, Diderot met l’accent sur l’étude du clavecin et de la composition dans l’éducation d’Angélique. Il aime la musique et il sait ce que son apprentissage peut apporter à la sensibilité de l’enfant.
La langue française n’est pas en reste, elle non plus : Angélique finit par écrire sans aucune faute d’orthographe. Les autres matières sont les sciences naturelles, l’histoire et la géographie. Presque pas de mathématiques, auxquelles Diderot s’intéresse pourtant beaucoup, ni de physique ou de chimie. En revanche, il lui fait suivre des cours d’anatomie !
Les amis philosophes de Diderot eux-mêmes sont surpris par les limites qu’il pose à l’éducation de sa fille, étant contraires aux principes qu’il affirme en public. Ainsi Voltaire écrit dans une de ses lettres : “… on dit qu’il laisse élever sa fille dans des principes qu’il déteste”. En conclusion : ce qui est bon pour d’autres ne l’est pas forcément pour soi !
Diderot souhaite avant tout apprendre à Angélique à penser et à raisonner par elle-même et à porter un regard perspicace sur ses pairs. Il insiste sur la morale et la droiture en société, ainsi que sur la modestie. Il préconise un goût sobre en matière d’habillement et rejette la coquetterie excessive, typique chez les femmes de son époque.
La décision de Diderot d’enseigner la musique à sa fille sera la plus avisée de tout le programme d’études d’Angélique, car elle permettra à l’enfant de révéler son talent en tant que claveciniste ainsi qu’une aptitude pour l’art de la composition, acquise grâce à des cours d’harmonie.
Diderot avait un grand faible pour l’art musical ; il avait pris quelques cours de clavecin et avait aussi pratiqué le chant dans les premières années de son mariage, sans grandes ambitions. Il disait de lui-même qu’il n’était pas musicien, mais une personne “aimant la musique”. Il avait en revanche une large connaissance en théorie musicale dont il allait se servir plus tard pour la rédaction de son Dictionnaire de la Musique, un projet conçu avec Jean Le Rond d’Alembert.
Le clavecin étant à l’époque le premier instrument à apprendre aux enfants, Diderot choisit pour sa fille l’une des meilleures enseignantes de cet instrument à Paris, Marie-Emmanuelle Bayon, de sept ans à peine plus âgée que son élève. Elle allait transmettre à Angélique l’art de jouer du clavecin entre 1765 et 1770.

Diderot admirait les facultés d’Emmanuelle Bayon au clavecin, comme en témoigne sa correspondance : “Hier matin, j’ai conduit deux Anglais, que l’on m’avait adressés, chez Mademoiselle Bayon que j’avais prévenue au préalable. Elle a joué comme un ange. Son âme était entièrement entre ses doigts”.
La comtesse de Genlis a laissé, elle aussi, un tableau de la talentueuse claveciniste dont elle a fait la connaissance en 1767 : “Mademoiselle Baillon (sic) est une charmante jeune personne, jolie, douce, modeste, sage, spirituelle, jouant du clavecin de la première force, composant à merveille et avec une étonnante facilité”.
La base des cours de Mademoiselle Bayon était l’apprentissage des partitions contemporaines, la plupart fort difficiles. La technique des doigts constituait, elle aussi, une partie importante de son enseignement : sans elle, impossible de bien jouer, et le travail devient plus difficile.
Melchior Grimm, le grand ami de Diderot, faisait parvenir à celui-ci des éditions nouvelles de compositeurs allemands. En novembre 1769, le philosophe le remercie dans une lettre : “Ma fille a dévoré la musique que vous lui avez apportée. Ce Müller, ce Müthel (…) ont un caractère de vigueur (…) Et puis, ils sont difficiles, vous ne sauriez croire les doigts et la facilité de lire que cela donne à mon enfant (…). Ce serait une grande satisfaction que vous l’entendissiez exécuter quelques pièces et surtout prendre sa leçon d’accompagnement”.
Angélique jouait aussi les pièces de Schobert, Eckard, et Wagenseil de Vienne, professeur de la future reine Marie-Antoinette. Visiblement la musique allemande était à l’honneur chez Emmanuelle Bayon, appréciée également par Diderot lui-même.
Au-delà des compositeurs allemands, le philosophe admirait aussi l’Italien Domenico Scarlatti, maître de la sonate, une nouvelle forme de musique que Diderot appréciait particulièrement.
Angélique est une enfant vive et studieuse qui apprend vite “pour faire plaisir à son papa”, comme elle le dit. Après cinq années de leçons de clavecin, elle maîtrise parfaitement l’art d’en jouer. Les témoignages sont nombreux, dont celui de Charles Burney dans une lettre adressée à son épouse à Londres : “Mademoiselle Diderot, est une des meilleures joueuses de clavecin de Paris et, bien que femme, a une connaissance peu commune de la modulation ; cependant, bien que j’aie eu le plaisir de l’entendre jouer pendant plusieurs heures, elle n’a pas joué de composition française ; toutes étaient italiennes et allemandes”.
Deux ans auparavant, Diderot avait entendu J. G. Eckhard jouer au clavecin des pièces de deux compositeurs anglais en visite à Paris. Le lendemain, Angélique avait exécuté les mêmes morceaux pour faire plaisir à son père : “Ma petite bonne (Diderot l’appelait ainsi souvent) eut l’impertinence de jouer les mêmes pièces devant les mêmes auteurs et elle ne déplut pas”. Il se réjouissait à l’idée que sa fille puisse devenir une musicienne accomplie et louait ses facilités d’apprentissage. Il assistait aux cours de clavecin d’Angélique et suivait de près les exercices et les partitions qu’elle travaillait.
En 1770, Diderot demande à Johann Christian Bach6, le plus jeune des enfants de Jean Sébastien Bach, de lui envoyer un bon pianoforte pour sa fille. Le clavecin commence alors à être relégué comme instrument du passé. Quatre ans plus tard, Diderot fait la même demande à Carl Philippe Emmanuel Bach, l’autre fils du grand Jean Sébastien et compositeur également.
N’avait-il pas reçu son instrument de Londres, ou bien les pianofortes allemands étaient-ils plus performants que ceux de facture anglaise ? Ou encore en voulait-il un autre pour chez lui ? Angélique était déjà mariée et n’habitait plus le foyer paternel avec un instrument acheté plus tôt. Question intéressante, car le prix des pianofortes était très élevé. Ces instruments étaient nouveaux et les facteurs n’avaient pas fini d’en perfectionner la mécanique ; cela durerait jusqu’aux années 1790.
En 1770, Marie-Emmanuelle Bayon épouse l’architecte Victor Louis7 (1731-1800) et doit cesser ses activités d’enseignante. Dans les milieux bourgeois, les femmes mariées doivent à cette époque se consacrer exclusivement à leur mari et leur famille ; la musique et la pratique d’un instrument deviennent alors de simples passe-temps et des mondanités. Les femmes de musiciens peuvent exceptionnellement accompagner leurs maris en public, mais cela est rare. Nous pouvons citer en exemple les clavecinistes Anne-Jeanne Boucon (1707-1780), la femme du violoniste Jean Joseph Cassanéa de Mondonville, Marie-Rose Dubois (1717-env. 1787), la seconde épouse du violiste Jean-Baptiste Forqueray et Marie-Louise Mangot (1707-1785) la femme de Jean-Philippe Rameau qui chante aux Concerts de la Reine Marie Leszczynska.
L’amitié entre Angélique et Emmanuelle durera toute leur vie ; encore en 1822, peu de temps avant sa mort, Angélique écrira dans une de ses lettres qu’en soixante ans, “jamais le moindre nuage n’a altéré” leur attachement et leur affection l’une pour l’autre.
Après le départ de Mademoiselle Bayon, Diderot se met à la recherche d’un nouveau professeur pour sa fille. Encouragé par ses progrès rapides, il veut compléter son éducation musicale par l’apprentissage de l’harmonie et de la composition. Dans ce but, il s’adresse à un jeune professeur venu d’Alsace, Anton Bemetzrieder (1739-1817) qui commence à se faire un nom à Paris.
“Bemetz”, comme allait l’appeler familièrement Diderot, entend d’abord Angélique jouer du clavecin (ou du pianoforte), car on ne sait pas lequel des deux instruments Diderot favorisait à partir de 1770, si l’on prend en compte la fameuse commande de pianoforte auprès de J. Ch. Bach. Il ne tarit pas d’éloges au sujet du jeu d’Angélique : “Elle a les mains bien placées. Sa physionomie vive montre de la pénétration. Je ne sais pas si elle composera (sic) un jour, mais si elle compose, elle créera de la musique forte : elle préfère cela à la musique fine et délicate”. Cette remarque importante nous laisse penser qu’à l’image de son jeu, Angélique était une jeune fille de nature vive et emportée.
Les cours ont lieu tous les soirs, à dix-huit heures trente, rue Taranne, chez les Diderot. Le salaire de “Bemetz” est fixé à cinq cents livres par an et il est invité à dîner après chaque cours. Le philosophe assiste aux cours de sa fille en notant les remarques du professeur et le contenu de chaque leçon.
Après quelque temps, cette expérience donne naissance à un ouvrage commun de Diderot et de Bemetzrieder sous forme de dialogues entre le Philosophe, le Maître et l’Élève. Il paraît en 1771 avec pour titre : Leçons de clavecin et Principes d’harmonie. La préface, rédigée par Diderot, encourage les parents d’assister aux cours de musique de leurs enfants pour les encourager et pouvoir éventuellement les aider en cas de difficultés rencontrées. En tout, il y a douze leçons dans cet ouvrage qui nous permettent de suivre les progrès de Mademoiselle Diderot.

“Bemetz” ne cesse de féliciter Angélique pour la rapidité de son apprentissage, répétant que bientôt, il n’aurait plus rien à lui transmettre. Au bout de quelques mois, elle commence à composer de petits préludes, une douzaine, autant que de leçons. Il n’y a qu’un seul prélude qui soit parvenu jusqu’à nous : “Un prélude chromatique en sol dièse mineur”.
Sa notation a de quoi surprendre le musicien de notre époque, à commencer par l’armure des clés qui comprend huit dièses, car il n’existait pas encore de notation de double altération marquée comme un x, donc on écrivait deux fois le même dièse ou le même bémol. Dans le cas de ce prélude, un double fa dièse. Aujourd’hui on l’écrirait plutôt en la bémol majeur, car on accorde les instruments à clavier en fonction de 12 demi-tons égaux, cela depuis la fin du XVIIIe siècle. A l’époque de Diderot, ce principe était encore soumis à un grand débat. A côté de cela, une partie du prélude d’Angélique est notée en basse chiffrée, qui n’avait pas complètement disparue des partitions pour instruments à clavier et qui obligeait l’interprète à remplir la partie manquante de la main droite. Le but de cette composition était de savoir maîtriser toutes les modulations qui se succèdent, avant de retourner à la modulation initiale pour terminer la pièce.
Si “Bemetz” affirme qu’il n’aura bientôt plus rien à apprendre à Angélique, Charles Burney dit d’elle qu’elle est maîtresse en modulation, mais qu’elle joue dans un rythme un peu fantaisiste. De son côté, quand il est à Paris, François-André Philidor vient souvent voir ses sœurs, voisines des Diderot; il a alors l’occasion d’entendre Angélique jouer. Diderot décrit ainsi une de ses visites : “Philidor me vint voir (sic)… Je fus curieux de savoir ce qu’il pensait de son talent harmonique (…) Il l’entendit (Angélique) préluder plus d’une demi-heure et me dit qu’elle n’avait plus rien à apprendre de ce côté”. Papa Diderot est aux anges : “J’ai une enfant qui pense, qui a du sens et de la raison”. Une autre fois il écrit à Sophie Volland : “Ah, la jolie enfant que j’ai là (…) Il est incroyable ce que cette tête a fait toute seule, combien cela a rêvé, combien cela a réfléchi…”. Il admire le naturel d’Angélique : “Je suis fou à lier de ma fille. Elle dit que sa maman prie et que son papa fait le bien”.
Au fur et à mesure que les travaux de l’Encyclopédie avancent, Diderot s’éloigne de plus en plus de la religion pour se tourner vers l’athéisme et le matérialisme. Sur ce plan, il a été l’un des précurseurs des théories marxistes8. Sous son emprise, Angélique finit par être non croyante, elle aussi.
La célèbre saloniste, Madame Geoffrin, passe de temps en temps rendre visite à Diderot et constate avec admiration les progrès d’Angélique. Elle veut la présenter dans son salon parisien, mais Diderot s’y oppose, en prétextant que sa fille est encore trop jeune.
Les cours avec Bemetzrieder auront duré à peine un an : “Mon maître me dit qu’il n’a plus rien à m’apprendre” dit l’élève Angélique. C’est à Johann G. Eckhard que Diderot demande de dispenser les cours de clavecin et de pianoforte de sa fille. C’est une déception pour “Bemetz”, qui aurait bien voulu garder sa place. Diderot le considérait probablement comme maître d’harmonie uniquement, et non pas comme professeur émérite d’instrument. Eckard, quant à lui, était compositeur de sonates, la forme musicale préférée de Diderot, et interprète fort prisé des connaisseurs parisiens. Les cours d’Angélique continueront avec lui pendant les deux premières années de son mariage, jusqu’en 1774.
En 1770, Angélique a dix-sept ans et son père considère qu’il peut la présenter auprès du grand monde. Selon lui, l’éducation et l’instruction de sa fille sont arrivés à leur terme.
Madame Geoffrin recevait les Diderot toujours avec beaucoup de joie. Par son intermédiaire, ils avaient connu le baron Jacques Necker9, riche financier suisse qui entretenait des liens étroits avec des personnes importantes sur la place de Paris.
Le philosophe et sa fille, parfois aussi sa femme, se rendaient assez souvent au château de Saint-Ouen, dans les environs de Paris, dont les Necker étaient propriétaires.
Les Diderot fréquentaient aussi Madame d’Epinay et son amant Melchior Grimm ; ils allaient à Grandval, chez le baron d’Holbach. Ils se rendaient souvent à la Comédie Française, où Angélique avait pu assister à la pièce de théâtre de son père, le Père de Famille. Diderot en avait fait la critique en jugeant le jeu des acteurs, bon ou mauvais. Néanmoins, dans une lettre à Sophie Volland, il écrit : “La justice que je leur dois à tous, c’est d’y avoir mis tout leur savoir-faire (…) l’ouvrage est si rapide, si violent, si fort qu’il est impossible de le tuer. Enfin, il a été senti (sic) et il a obtenu les applaudissements. Ma fille y a été et en est revenue stupide d’étonnement et d’ivresse”.
En juin 1771, Angélique est invitée à un bal chez le prince Galitzine, ambassadeur de Russie et ami de Diderot. Elle ressort fort impressionnée par le faste de cette réception.
Ces sorties et invitations mondaines de Diderot ont également pour objectif de s’appuyer sur des relations utiles afin de trouver un futur gendre, car il lui faut maintenant marier sa fille. Le philosophe avait toujours pensé qu’une jeune fille devait avoir un mari qui, à son tour, prendrait en charge son avenir et sa protection.
Dès qu’il s’agissait de son enfant, le philosophe oubliait ses considérations concernant les femmes : dans son raisonnement, elles ne pouvaient pas assurer leur existence en comptant seulement sur leur travail personnel. En réalité, il était sous l’emprise du modèle féminin bourgeois : une femme devait se marier et fonder une famille.
Le mariage d’Angélique Diderot
Diderot avait déjà songé à marier Angélique avec le fils aîné de Nicolas Caroillon, son ami d’enfance, riche marchand et fermier de l’abbaye Saint-Geosmes des environs de Langres. Son épouse était intendante de celle de Poulangy. Le prétendant à la main d’Angélique ainsi que ses trois frères avaient déjà hérité d’une fortune importante après le décès de leur père en 1766. Diderot voulait, de son côté, que sa fille ait aussi une dot qui lui apporte de l’aisance financière. Plusieurs années auparavant, il avait vendu dans ce but sa bibliothèque pour 50 000 livres à Catherine II de Russie, une de ses ferventes admiratrices. Cependant, Diderot ne voulait pas imposer à sa fille ce fiancé qu’il avait choisi lui-même pour elle ; il souhaitait avoir son consentement ainsi que celui de son prétendant, Abel François Caroillon de Vandeul10.

Les présentations officielles ont lieu en 1770, suivies des fiançailles. Angélique a alors dix-sept ans et Abel François en a vingt-cinq. A la suite de cette rencontre, Diderot écrit à sa soeur à Langres : “Ces jeunes gens se sont vus. Il m’a paru qu’ils s’aimaient… Le jeune homme est d’une figure agréable, je lui crois de la sagesse et de bonnes mœurs”.
Et, à Madame Caroillon : “C’est une pensée fort douce pour l’un et pour l’autre, je crois que nos enfants bien nés, bien élevés, avec du sens et de la raison (…) se rendront réciproquement heureux…”
C’est de cette époque que datent un buste d’Angélique par Augustin Pajou, un portrait dessiné par son fils, et un autre buste sculpté par Jean-Baptiste Lemoyne. Angélique, qui raffolait des coiffures à la mode, est représentée par Pajou arborant une coiffure en tapé, dite en diadème, et des boucles dragonnes à l’arrière de la tête pour obtenir l’effet d’un cou plus long.
Le contrat de mariage est signé le 8 septembre 1772 par la sœur de Diderot, Denise qui a légué tous ses biens à la future mariée, Madame Billard11, la sœur de Toinette Champion et le libraire Denis Humblot, apparenté aux Diderot, installé rue Saint-Jacques.
Aucun des amis du philosophe n’a été invité, suite au refus de Toinette. Celui-ci s’en plaint, disant que sa femme prive Angélique de ses amis jusqu’au “dernier moment”. Madame Diderot ne supporte pas non plus son futur gendre pour des raisons de religion, à tel point “que le matin même du mariage, elle provoqua un évanouissement de sa fille”. Cet événement est consigné par Diderot dans une lettre à Grimm.
La cérémonie de mariage a lieu à Saint Sulpice, le lendemain du contrat, le 9 septembre. Diderot y est mentionné “bourgeois de Paris, domicilié rue Taranne”. Le témoin de Caroillon est, quant à lui un avocat au Parlement de Paris. Les jeunes mariés s’installent à l’hôtel Nicolaï, rue des Saints-Pères, tout près de la demeure des parents d’Angélique.
Diderot pense continuellement au bien-être matériel de sa fille et de son beau-fils. Il écrit à Madame Caroillon-mère qu’il veut les gâter et partager son argent avec eux. Il leur fait de nombreux cadeaux onéreux en ustensiles de ménage ; il paye aussi les frais de la noce à l’église et ceux du notaire.
La possessivité de Diderot sur sa fille est telle qu’il ne supporte pas son départ de la maison familiale, même s’il s’agit seulement d’une affaire de quelques centaines de mètres. Il va jusqu’à confier son mal-être à sa fille : “Je te trouvais si bien sous mon aile ! Dieu veuille que le nouvel ami que tu t’es choisi soit aussi bon, aussi tendre, aussi fidèle que moi. Ton père”. Un désarroi qu’il partage également avec une amie de Langres : “Je suis seul ; je cherche mon enfant à toutes les heures du jour… Si j’avais une femme avec laquelle je pusse oublier ma perte, je m’en consolerais ; mais je ne l’ai pas”.
Hélas, peu de temps après le mariage d’Angélique, le philosophe commence à découvrir le vrai caractère de son gendre qu’il décrit comme “moitié grave, moitié freluquet”. Il se confie à Grimm12 à ce sujet : “J’avais accoutumé ma fille à la vie retirée, à l’abri des frivolités qui attirent la plupart des jeunes femmes, à la modestie dans les vêtements, au goût de la musique et d’autres bonnes choses (…). Ce petit monsieur veut que dès le matin sa femme soit parée comme une poupée dans le seul but de plaire à son mari. Il veut en faire une sotte impertinente qui ne sait que bien placer un pompon, médire et sourire. Je paye à Eckhard fort cher les cours de musique de ma fille, mais son mari s’en fout et j’ai l’impression qu’elle aussi, elle y devient indifférente. J’aurais voulu que le mari soit à ses affaires et la femme à ses domestiques, à ses livres et à son clavecin”. Tout est dit.

Diderot est tellement déçu par l’union d’Angélique et Abel François qu’il avoue souhaiter prendre de la distance. Il prend la décision d’entreprendre un voyage en Russie, en réponse à l’invitation de l’impératrice Catherine II qui l’attend depuis quelques années déjà. Pour rappel, Diderot lui avait vendu sa bibliothèque en 1759 pour constituer la dot de sa fille. L’impératrice lui avait proposé aussi d’être son bibliothécaire.
Le voyage de Diderot dure presque deux ans, et ses conditions parfois très difficiles fragilisent la santé de cet homme vieillissant. A l’aller comme au retour, il s’arrête en Prusse et en Hollande. A Hambourg, il rencontre Carl Philip Emmanuel Bach à qui il achète de nouvelles partitions pour Angélique. Il revient à Paris à l’automne de l’année 1774.
Un an plus tôt, il est devenu grand-père d’une petite fille prénommée Marie-Anne, qu’Angélique a mise au monde en septembre 1773. Minette, comme ses parents l’appellent dans leur intimité familiale, reçoit comme parrain le sculpteur Jean-Baptiste Pigalle. Pigalle a la chance de bénéficier des bonnes grâces de Toinette Champion, la grand-mère de sa filleule ; quelque chose de rare à laquelle ni son mari, ni la famille Caroillon n’avaient presque jamais eu droit.
Angélique est, somme toute, heureuse de s’être libérée de la tutelle de son père : un père aimant certes, mais néanmoins censeur de toutes les incartades auxquelles sa fille pouvait être exposée par son jeune âge. La personnalité de son mari, féru de mondanités et soucieux de l’image de son couple au sein de la bonne société parisienne, permet à Angélique de défouler ses envies longtemps réprimées. Son attirance pour la coquetterie et la mode vestimentaire peut désormais aller bon train. Diderot s’en désole et moque sa fille à la moindre occasion, comme dans l’affaire du chapeau, dit “ la calèche”, particulièrement extravagant : il s’agit d’un couvre-chef féminin, composé de plusieurs baleines souples en forme de demi-cercle, recouvertes de tissu. En cas de besoin, on pouvait le rabattre en arrière, à l’instar d’un toit de calèche.

Pendant l’absence de son père, Angélique se met à suivre les cours de physique à la Sorbonne en compagnie du comte de Fersen, futur ami intime de la reine Marie-Antoinette. Fersen et Angélique fréquentent aussi les cours de danse d’un certain Monsieur Bomard, maître à danser parisien. Dans son journal, le comte décrit la fille de Diderot comme une jeune femme “pas bien jolie, mais fort gaie et pleine d’esprit”.
En juin de l’an 1775, Angélique et son mari fêtent la naissance de leur deuxième enfant, un garçon prénommé Denis Simon, dit Fanfan. Il reçoit pour parrain son grand-père Denis Diderot.
Plus tard, dans sa vie d’adulte, Denis Simon se distinguera comme homme d’affaires et député de Langres à partir de 1827 ; le 7 novembre 1839, il sera élevé au titre de Pair de France par le gouvernement de Louis-Philippe.

Le mari d’Angélique, Abel François Caroillon de Vandeul, a le don des affaires. Il investit d’abord sa fortune dans le prospère commerce de la Compagnie des Indes. En association avec son frère Claude Xavier Caroillon des Tillières, ils rachètent au comte d’Evreux quinze forges en Normandie (l’Eure). Ces forges allaient prospérer jusqu’en 1860.
Le frère d’Abel, Claude Xavier Caroillon de Melville reprend au comte d’Artois les forges de Clavières en Berry. Il s’y installe pendant quelques années pour veiller sur la gestion du domaine. C’est après son retour en Champagne qu’il fait construire un château à Melville.
Le quatrième frère (et filleul de Diderot), Denis de la Charmotte dit “Denisot”, est quant à lui fonctionnaire de l’administration des Domaines, ce qui lui permet de conseiller les Caroillon du point de vue des finances et des impôts.
La métallurgie connaît alors un essor formidable grâce aux besoins grandissants de fer et d’acier dans les domaines du bâtiment, de l’armurerie, de la coutellerie, de l’horlogerie et des transports. La production de fer en France était bien moindre qu’en Angleterre ou en Suède, elle avait donc besoin de s’accélérer. Les frères Caroillon profitent de ce boom pour se bâtir de belles fortunes grâce à leurs forges, mais aussi grâce à toutes sortes de spéculations et d’investissements prospères. Les relations que Diderot entretient dans le monde des affaires leur apporteront également une aide non négligeable.
Mort de Denis Diderot et la Révolution française
En mars 1784 décède soudainement Minette, la fille des Vandeul et l’aînée de leurs deux enfants. Sa mort cause un terrible choc à ses parents et grands-parents. Angélique mettra longtemps à s’en remettre, à tel point que sa famille commencera à s’inquiéter pour elle.
Il est possible que la disparition de sa petite-fille ait accéléré le décès de Denis Diderot. Il était déjà affaibli à tel point que son ami, l’orfèvre Etienne Belle, l’avait invité à s’installer dans sa maison de Sèvres qui n’était encore qu’un village de campagne; ceci pour lui éviter la montée des étages de la rue Taranne. Diderot souffrait de problèmes pulmonaires et digestifs.
A la mi-juillet 1784, il est transporté de Sèvres à l’hôtel de Bezons, rue de Richelieu à Paris, où sa famille lui a aménagé un logement. Il est à ce moment conscient de sa maladie : “Incessamment, je ne saurai plus parler, ce qui sera un assez grand avantage pour les autres et un très petit inconvénient pour moi (…). Je vois ces préparatifs du grand voyage se faire sans m’en soucier beaucoup”. Il disait qu’il allait rejoindre sa petite fille Marie-Anne aux Champs-Elysées : c’est ainsi qu’il appelait la mort.
Denis Diderot s’éteint doucement le 31 juillet 1784. Il est enterré à la chapelle de la Vierge à l’église Saint-Roch. Son tombeau sera profané sous la Révolution comme toutes les autres sépultures de cette église. Elle sera transformée ensuite en Temple de la Raison. Depuis, on n’a jamais retrouvé les restes du philosophe.
Angélique hérite de trente-trois volumes de manuscrits de son père, dont certains autographes. Elle en fait faire des copies pour les envoyer à Catherine II de Russie, qui était déjà en possession de la bibliothèque de Diderot. Celles qu’elle a gardées pour elle-même sont aujourd’hui classées sous le nom de Fonds Vandeul. D’autres copies reviennent à Melchior Grimm, qui les fait connaître en Allemagne, et à Jacques-André Naigeon13, que Diderot avait choisi pour être son exécuteur littéraire. En effet, celui-ci éditera les œuvres du philosophe en 1798.
La guerre des colonies américaines pour leur indépendance, soutenues par la France contre l’Angleterre, contribue à empirer les finances publiques, engendrant une vague de spéculations boursières. En 1786, Caroillon de Vandeul perd une grosse partie de sa fortune en bourse et sa part de bénéfices des forges du Berry. En revanche, il garde les actions de la Compagnie des Indes qui s’est ouverte au commerce privé.
Les Vandeul étaient installés rue de Bourbon (aujourd’hui la rue de Lille) dans l’hôtel de la marquise de Chayla. La société Caroillon frères et ses entrepôts se trouvaient à la même adresse.
La Révolution française : des hauts et des bas pour les Caroillon de Vandeul
L’attitude du couple Caroillon de Vandeul vis-à-vis de la Révolution n’est pas facile à cerner. Ils approuvent l’avènement du nouvel ordre politique et social ainsi que la Constitution civile du clergé, parce qu’ils considèrent la monarchie absolue et les ordres religieux comme des vestiges du passé. Ils sont en revanche horrifiés par les débordements jacobins et ceux de la Terreur.
La révolution permet aux frères Caroillon de reconstituer leur fortune par l’achat de différents biens nationalisés comme des abbayes et des moulins en Champagne. Ils sont tenus au courant des enchères grâce aux informations que leur donne un de leurs amis à la Direction des Domaines Nationaux.
Le mari d’Angélique transforme les abbayes en filatures de coton et en verreries. Il y développe la mécanisation du travail du textile, devenu prospère au moyen de l’emploi des enfants dès six ou sept ans. Ceux-ci sont nourris, logés et instruits en rudiments de lecture et d’écriture. Ils sont recrutés parmi des enfants trouvés et des orphelins.
Après plusieurs transformations, l’abbaye d’Auberive devient la propriété de campagne de la famille Caroillon de Vandeul.
Les événements se gâtent avec l’arrivée de la Terreur. Le mari d’Angélique, directeur à la Compagnie des Indes, et d’autres chefs administratifs sont emprisonnés le 17 mars 1794. Toute la famille Caroillon se mobilise dans l’espoir d’obtenir sa libération. Angélique s’appuie quant à elle sur la mémoire de son père, qui a fait d’elle une républicaine avant l’heure de la Révolution. Mais curieusement, le philosophe, en tant que matérialiste et athée, n’était pas du tout apprécié par les idéologues révolutionnaires tels que Robespierre, qui a instauré le culte de l’Être Suprême après une vague d’anticléricalisme. Diderot faisait partie de ceux qui avaient remis en cause toute forme d’autorité et de contrainte politique.
Il faut attendre la fin de la Terreur pour que Vandeul retrouve sa liberté. Avec son frère Des Tillières, ils continuent à prospérer dans la métallurgie avec les forges de Normandie, de Senonches et de Dampierre.
Vandeul voyage presque constamment, se transportant d’une province à une autre pour surveiller ses affaires. Angélique participe aux emplois des entreprises de son mari comme comptable et dirige un commerce privé des tissus écoulés en France. Une forte spéculation avait alors lieu entre le prix de marchandises achetées en Inde et leur revente en France.
Angélique finit par se lasser des ambitions financières, des spéculations et des absences quasi permanentes de son mari. Heureusement pour eux, leur affection n’en pâtit jamais. Toutes leurs lettres de la période post-révolutionnaire en attestent : “Je vais du matin au soir, je cours (…). Il me semble être dans un autre monde. Je suis forcé de vous quitter aujourd’hui, mon amie. Melville14 crie qu’il est fort tard et que nous avons sept lieues à faire. Mais je veux, avant de lui céder, t’embrasser comme je t’aime et le dire de tout mon coeur : porte-toi bien et écris -moi”. Les réponses d’Angélique sont aussi affectueuses : “Bonsoir, mon ami : je te salue et t’embrasse de tout mon cœur. Je pense que si je te parlais de tendresse et d’attachement, tu croirais presque que je radote…”
Les années 1795 à 1798 constituent la période des premières éditions de son père. Ses œuvres avaient été déjà classées par Caroillon de Vandeul et Jacques-André Naigeon après son décès en 1784. Curieusement, Angélique n’y avait pas participé. Pour les éditions aussi elle n’avait presque pas eu son mot à dire. Seulement trois ans après la mort de son père, elle avait publié les Mémoires pour servir à l’histoire de la vie et des ouvrages de Denis Diderot par madame de Vandeul, sa fille, comme si elle avait voulu prendre sa revanche de ne pas avoir été consultée au sein de l’entreprise que représentait l’héritage littéraire et philosophique de son père.
Les affaires des frères Caroillon sont au beau fixe jusqu’à l’avènement du Premier Empire et des guerres napoléoniennes qui s’ensuivent. Les filatures d’Auberive ne résistent pas face à la concurrence du textile anglais, dont l’industrie a pris un grand pas d’avance sur la fabrication française depuis le milieu du XVIIIe siècle. Vandeul a pourtant bénéficié de l’aide d’un ingénieur anglais en mécanique, Henry Dobson, pour superviser la mise en route de machines utilisées par les filatures d’Auberive et en assurer l’entretien par la suite.
Les bouleversements dans la vie des Français après la Révolution
Au début des années 1800, la conjoncture nationale ne permet plus à l’entreprise d’Auberive de continuer à développer ses activités. Le blocus continental de Napoléon y est aussi pour quelque chose, car il apporte des difficultés en approvisionnement de matières premières. Les Vandeul décident de cesser les activités industrielles d’Auberive pour changer leur domaine en villégiature.
Ils en font une résidence de premier plan. Pour magnifier l’entrée principale, ils font venir la grille d’honneur de l’abbaye de Beaulieu, un ouvrage du célèbre ferronnier Jean Lamour15, créateur des grilles de la place Stanislas à Nancy.
Au fil du temps, Angélique, parisienne invétérée, s’attache profondément à sa résidence de campagne champenoise. Les Caroillon y mènent une vie mondaine et organisent des parties de chasse, notamment la chasse aux loups, dont la multitude pose des problèmes de sécurité aux pâturages environnants. Le fils des Vandeul, Denis-Simon, y participe, ainsi qu’à bien d’autres réjouissances au domaine16: “On le retient pendant la grande chaleur. Il va à la chasse de temps à autre. Chaque jour, il monte à cheval. Le soir venu, il fait danser dans les corridors”, écrit Angélique à son mari.
Denis-Simon aime lire, surtout des ouvrages portant sur la géographie et la navigation, comme l’édition des voyages de James Cook.
Après le décès de son mari, Angélique continuera à retourner à Auberive, dont elle aura fait un lieu de repos, de recueillement et de bienfaisance. La vie festive et agitée du temps de Vandeul ne lui conviendra plus. Ainsi resurgira ce pan de son caractère que, des années durant, elle aura soigneusement caché pour satisfaire les besoins de rencontres et de réceptions mondaines de son époux. Encore des années plus tard, elle écrira à son ami Jacques Meister, installé en Suisse : “Je me plaisais dans ce lieu solitaire, parce que rien ne portait plus à la rêverie que ce silence de la nature (…) je vais bientôt retrouver cette espèce de triste bonheur (…). Je serai loin de cette pénible agitation politique qui me tue”.17
A partir du Directoire (1795-1799), Paris change énormément. La ville des salons, des encyclopédistes et des philosophes disparaît. C’est la bourgeoisie moyenne, enrichie par l’achat des biens nationaux et les assignats, qui donne le ton. Les Caroillon de Vandeul en font partie, surtout Claude Caroillon Des Tillières qui est parvenu à une telle fortune qu’on le fait passer pour celui qui paie le plus d’impôts en France. A côté de cela, les classes populaires souffrent d’une pauvreté grandissante ; des vols avec effraction se multiplient. Angélique elle-même en est victime en juillet 1798.
Ni les bals, ni les réceptions et promenades dans les jardins à la mode et sur les grands boulevards, ni les rencontres entre les Incroyables et les Merveilleuses ne font partie de la vie d’Angélique. En revanche, son fils raffole de cette nouvelle vie parisienne et fréquente tous les cafés à la mode avec ses amis. Denis-Simon n’a pas de goût pour les études et vers l’âge de quinze ans son père l’introduit dans le cercle des affaires familiales et le fait travailler dans leurs entreprises industrielles. Denis-Simon apprend le métier de gérant d’entreprise par la pratique sur le lieu de travail, et il assistera son père partout dans ses déplacements jusqu’à la disparition de celui-ci.
Les Vandeul auront changé de domicile parisien plusieurs fois, entre la rue Caumartin et la rue du faubourg Poissonnière.
Pendant que son mari poursuit ses perpétuels déplacements, Angélique tient la caisse de la maison Caroillon Frères. Pendant la liquidation de la Compagnie des Indes, elle réussit à entreposer chez elle des quantités considérables de tissus, les fameuses mousselines. Elle écoule au jour le jour des mouchoirs, des foulards et autres accessoires en provenance d’Inde, en évitant de les mettre sur le marché en grande quantité pour empêcher que leurs prix ne s’effondrent.
Hormis l’aide qu’elle apporte aux affaires de son mari, Angélique mène une petite vie sociale qu’elle réserve à ses meilleurs amis comme Emmanuelle Louis-Bayon, son ancienne professeur de clavecin, Mademoiselle Clairon, la grande comédienne très aimée de Diderot, et Jacques Henri Meister, un habitué des Diderot de longue date installé en Suisse. Meister sera le dernier directeur de la “Correspondance littéraire, philosophique et critique”, une revue destinée aux élites d’avant la Révolution. Il continuera à publier de nouveaux volumes jusqu’en 1813 et Angélique en recevra régulièrement des copies par voie postale. Tous deux mèneront une correspondance épistolaire assidue jusqu’à la fin de leur vie.
Le coup d’état du 18 brumaire de l’an VIII18 organisé par un ami des Vandeul, Emmanuel-Joseph Sieyès, et exécuté par Napoléon Bonaparte, est à l’origine de la carrière diplomatique de Denis-Simon. Celui-ci est alors chargé de suivre à Berlin le frère de Napoléon, Louis Bonaparte.
Un séjour en Prusse lui fait découvrir la notoriété de son grand-père dont les œuvres y exercent toujours une influence importante. Tout comme son père, Angélique montrait de l’intérêt pour ce pays. Depuis longtemps elle avait été initiée, rappelons-le, à la culture musicale des Allemands ; à un âge avancé, elle lisait de la littérature allemande, surtout du Schiller.
A Berlin, son fils se confronte à quelques milliers d’émigrés français qui cherchent à rentrer en France et se présentent au consulat pour obtenir des laissez-passer. Il en fait régulièrement des comptes-rendus à sa mère, pas toujours en faveur des aristocrates français de l’exil qu’il soupçonne d’œuvrer pour le retour de la royauté en France.19
C’est aussi à Berlin que Denis-Simon découvre une vie culturelle et artistique animée qu’il décrit à sa mère dans ses lettres.

Malgré ses activités au profit des affaires familiales, Angélique trouve encore du temps pour écrire des articles dans “la Correspondance littéraire” à la demande de son ami Meister. Entre 1794 et 1807, Meister publie une Réponse de Madame Vandeul, née Diderot à l’auteur20 de Fonthill et des Mânes de Diderot, où elle évoque un rêve dans lequel Denis Diderot retrouve sa petite-fille Minette aux Champs Elysées.
Elle écrit aussi un hommage à Michel-Jean Sedaine, un grand ami de Diderot qui vient de mourir, plusieurs Lettres sur les salons de Paris, une Lettre sur Delphine, un roman de Madame de Staël publié en 1803 et enfin une analyse des Mémoires de Marmontel dans laquelle elle cherche à rétablir la vérité sur ce qu’il a pu confier au sujet de Diderot : “Il parle assurément très bien de mon père ; pendant sa maladie qui a duré dix-neuf mois, il n’a envoyé qu’une seule fois avoir de ses nouvelles et n’est jamais venu le voir (…) il aura appris sa mort comme une nouvelle de gazette”.
Durant toutes ses années de mariage et d’une vie riche en activités diverses et variées, on ne sait pas combien de temps par jour Angélique aura pu consacrer à la musique : probablement pas beaucoup ; de temps en temps certainement, surtout en présence de sa chère Madame Louis-Bayon.
A partir de 1810, Angélique doit faire face à la brouille survenue entre son mari et son beau-frère Des Tillières autour des comptes des affaires qu’ils entretiennent. Le mariage de Denis-Simon avec Eugénie Cardon en 1811 n’arrange pas les choses : l’oncle Des Tillières ne fait aucun cadeau à son neveu à cette occasion. Eugénie Cardon a dix-sept ans au moment de son mariage, et Denis Simon en a trente-six21. Eugénie est devenue malentendante à la suite d’une ancienne maladie mal soignée. Elle était la fille de Jean-Bernard Cardon, riche manufacturier de tabac, maire de Romainville et conseiller général de la Seine.
Abel François Nicolas Caroillon de Vandeul décède le 18 janvier 1813. Angélique prétend que les disputes avec son frère ont contribué à raccourcir sa vie22. Claude Caroillon Des Tillières ne lui survit pas longtemps : il meurt le 18 juin 1814. Une rumeur veut qu’il se soit suicidé d’un coup de pistolet parce qu’il a attiré sur lui le courroux de Napoléon, ce qui fait supposer que la famille Des Tillières faisait partie de l’entourage de l’empereur.
La Restauration et la fin de vie de Marie-Angélique Caroillon de Vandeul, fille de Denis Diderot
Les guerres napoléoniennes finissent par rendre les Français exsangues et démunis face aux assauts des armées coalisées. Après la bataille de Leipzig du 19 octobre 1813 que la France a perdue contre ses ennemis23, Napoléon bat en retraite pour livrer son ultime combat le 30 mars 1814. Les alliés poursuivent jusqu’à Paris ce qui reste encore de la Grande Armée.
Après la mort de son mari, Angélique déménage chez son fils dans une maison rue Saint-Lazare, non loin de la barrière de Clichy24, où a lieu cette bataille dirigée par le maréchal Moncey.

Malgré une résistance farouche des Français, minoritaires, les armées russes, prussiennes et autrichiennes remportent une victoire écrasante, poussant Napoléon à abdiquer et obligeant la population parisienne à subir des exactions de la part de la soldatesque ennemie.
Angélique et sa famille ne sont pas épargnées. Avec sa belle-fille Eugénie, elles sont forcées d’accueillir à leurs frais plusieurs militaires qui n’hésitent pas à saccager les lieux avant de partir. Dans une de ses lettres, Angélique évoque avec effroi les mauvais traitements que les vainqueurs commettent à Paris et dans ses environs :
“Il est dans ma destinée de n’échapper depuis trente ans à aucune des époques cruelles de cette terrible et éternelle Révolution. Je n’essaierai pas de vous peindre la terreur que me faisait éprouver le canon, si près de moi qu’il semblait être dans ma rue (…) tous les environs de Paris où l’on s’est battu plusieurs jours sont abîmés ; partout où l’on a pu piller, briser, détruire, on n’y a fait faute (…). J’ai quatre militaires en hôtel garni ; mon fils en a autant, faute de place dans nos logements”. Bien entendu, les frais de “l’hôtel garni” sont à régler par Angélique et son fils.
En apprenant le débarquement de Napoléon à Fréjus, Angélique écrit ces mots prophétiques : “Le trouble que ce misérable tente encore de nous donner, ne peut être que de courte durée”. En effet, les misères des Français recommencent après la bataille de Waterloo, le 18 juin 1815. De nouveau, Angélique se plaint dans ses lettres à Henri Meister : “(…) c’est la ruine de l’an passé qui a empêché mon fils et moi de déménager pour éviter plus de dépenses ; il faut sous deux ou trois jours donner chacun deux mille francs… Je tremble que la disette n’arrive à la suite de tant de maux, car tout se dévore pour la nourriture des armées (ennemies)… Puisse le ciel mettre un terme à tous les maux de cette malheureuse France et nous mettre à l’abri de tous les troubles. Mourir en repos, et, en fermant les yeux, espérer pour mon fils, pour ses enfants un sort paisible”.
Ce “sort paisible” ne viendra pas avant 1816, après la montée au trône de France de Louis XVIII. D’ailleurs, il ne restera que relativement paisible, car les troupes étrangères occuperont la France jusqu’à la fin de 1818.
La Champagne est sous l’autorité des Autrichiens lorsqu’Angélique retourne de nouveau à Auberive. Son ami Jean-Gaspard Hess25, traducteur d’auteurs allemands en français, lui envoie régulièrement ses traductions, notamment du Schiller. Ces lectures sont à l’origine chez Angélique de nombreuses réflexions, qu’elle évoque largement dans sa correspondance : “C’est à l’écrivain sévère de vous louer sur les difficultés de traduire, de rendre dans notre langue des beautés de la vôtre, j’eusse tenu le style pour celui d’un français écrivant avec autant de pureté que d’énergie si je ne vous savais pas étranger et si je n’avais appris par votre oncle qu’il est possible d’égaler toute la finesse et toute l’harmonie d’un langage qui, seul, peut charmer mes oreilles, car je vous avoue, à ma honte, que je puis être touchée du sublime des conceptions et des idées, jouir des grandes images des pièces de théâtre, de la conduite de l’ouvrage et de la beauté du caractère, mais mon oreille est sourde à l’harmonie de l’allemand et de l’anglais (…). Je vois que je ne connais pas tous les ouvrages de Schiller. J’ai lu de lui plusieurs fois le Wallenstein, Don Carlos, Jeanne d’Arc ; une seule fois La fiancée de Messine, Guillaume Tell ; j’ai lu deux fois son Histoire de la guerre de trente ans et ses Brigands”. Cette énumération de livres, ne serais-ce que de Schiller, nous donne une idée du temps qu’Angélique consacre à la lecture pendant son veuvage.
A cette époque, Angélique passe tous ses hivers rue Saint-Lazare à Paris ; le printemps et l’été, elle se rend à Auberive où elle s’adonne à des œuvres de charité. Elle a une santé de plus en plus fragile et se plaît dans sa solitude à la campagne, teintée de mélancolie.
Denis-Simon ne revient en France qu’après l’abdication de Napoléon et Angélique ne veut plus parler de politique. S’il lui arrive d’en parler, c’est toujours avec amertume.
Elle se replie sur elle-même et cherche à profiter des jours où sa tranquillité reste préservée. Elle en parle encore dans ses lettres à son fidèle correspondant, Jacques Henri Meister : “Je ne sais plus, mon ami, ce que c’est que les amusements, mais je n’ai jamais connu l’ennui. Quand je suis seule entre nous, j’ai quelques fois celui de mes enfants parce qu’ils ne savent pas, eux, s’amuser des choses simples et que je sais, moi, m’accommoder des individus, d’une partie du jeu et que, les soirs, lorsque mon fils baille, Eugénie le nez collé sur une tapisserie sans dire un mot, la cousine dormant sur son ouvrage, l’abbé sur son fauteuil, la baillerie me gagne aussi, mais, une fois dans ma chambre, je reprends mon livre, mais je les plains pour l’avenir ; la bonhomie trouve plus de distinction que la dignité perpétuelle”.
Le dernier livre de Meister, Les Mélanges de philosophie, de morale et de littérature donne à Angélique une occasion de se ressouvenir de son père et de commenter tous les sujets qui y font allusion.
Angélique souffre d’une santé fragile depuis son adolescence. Dans un”mémoire médical” de 1821, adressé à son médecin, le docteur Bâcher26 fils, elle décrit tous les problèmes de santé qu’elle a rencontrés durant son existence. Ce mémoire est très intéressant du point de vue des connaissances de la médecine de cette époque, de même que des traitements qui étaient administrés selon les cas précis. Grosso modo, il y est écrit qu’Angélique souffre régulièrement de problèmes digestifs, hépatiques et intestinaux. Son père y avait été également sujet. Ces maux, selon elle-même et ses médecins, ont une base certaine dans son état physique et moral. Dans son enfance, d’incessantes disputes entre ses parents et des “imprudences alimentaires” l’avaient rendue vulnérable pour toujours. D’autres accidents de la vie, notamment pendant les périodes révolutionnaire et napoléonienne, avaient apporté leur lot supplémentaire de soucis en tout genre. Angélique disait elle-même : “[Ma seule maladie] est un état de destruction lente, la machine étant usée, cet état de langueur m’étant insupportable”.
Deux mois après son décès, son nouveau médecin, le docteur Double, rédigera un compte-rendu dans lequel il précisera, entre autres : “Madame de Vandeul fut en proie à de violents et longs chagrins et dont la nature était telle que la douce sensibilité de son coeur et l’activité aussi bien que l’élévation de son âme les rendaient encore plus pénibles”.
Marie-Angélique Diderot Caroillon de Vandeul s’éteint le 5 décembre 1824, en son domicile, rue Neuve du Luxembourg à Paris, entourée de sa famille. A la demande de son fils, une autopsie est pratiquée le jour même par le docteur Double, assisté des docteurs Vignardonne et Grand’champs. Elle confirme que la cause du décès de Madame de Vandeul est “la dégénération gangréneuse” du tube digestif supérieur.
Marie-Angélique est ensevelie au cimetière du Père Lachaise à Paris. Aujourd’hui sa tombe se trouve dans un état fort délabré, si bien qu’une proposition de restauration a été récemment mise en ligne par Monsieur Christian Bou pour “études et recherches historiques”.
Denis-Simon quant à lui, fera une assez belle carrière, d’abord dans la diplomatie, ensuite en politique.
Après les Cent Jours, de retour de ses missions diplomatiques, il prend parti des royalistes et s’installe au château d’Orquevaux, qu’il a acheté en 1810, au détriment d’Auberive. Angélique s’en était d’ailleurs émue dans une lettre à Meister : “Ma pauvre maison finira par être abandonnée ce qui me cause une certaine peine, en pensant à tout ce que mon mari a fait pour l’embellir”.

Son fils suit une carrière politique qui le mène à la députation en 1827 en tant que député de Langres. Petit à petit, il se rapproche du pouvoir sous Louis-Philippe, dont le gouvernement l’élèvera à la dignité de pair de France en 1839.

Dans une lettre au fils d’un ami de son père, Denis-Simon résume ainsi sa carrière politique : “Je suis bien invalide, je ne suis point orateur, ce sont deux torts. Cependant je ne m’absente jamais au moment du vote et tel projet de loi à ma boule blanche, témoins de toutes les lois de liberté et d’économie, tel autre ma boule noire, témoins de toutes les lois exceptionnelles, préventives, nées, ou à naître (…). Je connais les Ministres, les Directeurs généraux, j’en suis connu, et ce qu’ils n’accordent pas à l’influence du député, ils me paraissent l’accorder souvent, ou à ma consistance, ou à ma probité, ou à ma considération personnelle (…). Soyez donc le confident de mes pensées patriotiques et faites-en l’usage que vous trouverez bon (…).”
Denis-Simon se veut paraître comme un homme scrupuleux, fidèle à ses convictions politiques. Il décède en 1850, deux ans après la chute du gouvernement de Louis-Philippe, après avoir déposé une partie des archives de ses ancêtres dans son château d’Orquevaux.
Après son décès et maintes péripéties qui auront duré un siècle, ces archives seront protégées par la Fondation Singer-Polignac et déposées à la Bibliothèque nationale en 1953. L’autre partie des archives Diderot-Caroillon ne quittera jamais les Archives départementales de la Haute-Marne ; les lettres de Marie-Angélique Diderot de Vandeul à son mari en font partie.
La branche des Caroillon de Vandeul s’éteint en 1911 avec Charles-Denis, dit Albert Caroillon de Vandeul, petit-fils de Marie-Angélique et propriétaire d’Orquevaux. Il fut maire et donateur de lieux de vie commune à Soisy-sous-Etiolles, aujourd’hui Soisy-sur-Seine (Essonne).
Conclusion
Qu’on soit d’accord ou non avec les théories philosophiques et les convictions politiques et sociales de Denis Diderot, on ne peut pas nier l’importance du rôle éducatif et affectif qu’il a joué pour élever sa fille unique.
Elle-même l’a reconnu au crépuscule de sa vie : “Sans mon père, ma mère eut abruti toutes mes facultés et détruit mon existence, car à l’âge où cette vie me devint pénible, ma santé s’altéra” (Lettre à Henri Meister du 7 juillet 1816).
Il est intéressant de comparer les avis d’historiens sur Diderot en tant que père à travers les époques. Dans leur majorité, les hommes27 le considèrent comme un parent presque parfait, attentif au développement physique et intellectuel de sa fille, selon les principes d’indépendance et de liberté. Quant aux femmes28, elles estiment en général que le philosophe se comportait en père mentor, amoureux de sa fille comme d’une création dont il avait été l’auteur, jusqu’à lui imposer sa manière de voir le monde et sa vision relationnelle, psychologique et économique de la société.
Sans vouloir entrer dans la polémique entre ces deux jugements opposés, il nous paraît évident que Denis Diderot aimait sa fille passionnément, et qu’il était désireux avant tout de garantir sa réussite au sein d’une société exigeante, soumise à de multiples transformations.
NOTES
1 Depuis le Moyen-Âge, l’enseignement à l’Université de Paris préparait à trois grades: le baccalauréat (grammaire, dialectique, rhétorique), la licence (arithmétique, géométrie, astronomie, musique) et le doctorat (médecine, droit canonique, théologie).
2 Le couvent (hôtel) des Miramiones est situé au 47 quai de la Tournelle, dans l’enclos du cloître des Bernardins. En 1675 Madame de Miramion qui secondait Vincent de Paul dans ses œuvres, y fonda le couvent dit des Miramiones, qui se consacrait à l’instruction, l’éducation et les soins aux pauvres et malades.
3 D’après les mémoires d’Angélique Diderot, sa petite-fille.
4 Étienne Bonnot de Condillac, abbé de Mureau (1714-1780), philosophe, académicien et économiste français.
5 Ce nom sinistre évoquait la torture pratiquée jusqu’en 1776 qui consistait à accrocher des poids aux pieds et à nouer dans le dos les bras d’un supplicié qu’on hissait à l’aide de cordes à la potence et faisait retomber brutalement plusieurs fois. Cela provoquerait la dislocation des membres de la victime. Pratiquée au début dans la marine et l’armée.
6 dit le Bach de Londres.
7 de son vrai nom Louis-Nicolas Louis. A partir de 1765 il signa Victor Louis en abandonnant ses vrais prénoms. Prix de Rome, il était, entre autres, le réalisateur du Grand Théâtre de Bordeaux, des premiers aménagements de la galerie du Palais Royal à Paris et de plusieurs commandes pour le roi de Pologne, Stanislas Poniatowski.
8 “Son admiration du grand encyclopédiste français, Marx la partageait avec les plus grands poètes allemands de son temps, Lessing, Schiller, Goethe”. Didier Foucault: Vibrations de clavecin de Diderot: des Lumières vers le marxisme et le surréalisme.
9 Jacques Necker a été Directeur général des Finances de Louis XVI entre 1777 et 1781. En ce qui concerne le rôle qu’il a joué en France, une intéressante analyse a été mise en ligne par Archives Financières: « Jacques Necker, l’homme qui a ruiné la monarchie sans toucher une épée ».
10 Les frères Caroillon ont rattaché à leur nom de naissance celui des propriétés que chacun d’eux avait acquises en Champagne. Le mari d’Angélique était Caroillon de Vandeul, son frère Claude-Xavier se faisait appeler Caroillon des Tillières. Le plus jeune, Didier-Pierre Caroillon de Melville. Ils faisaient ensemble des investissements en affaires.
11 Elle logeait chez les Diderot rue Taranne, depuis 1766. Sous l’Ancien Régime il y avait une grande solidarité dans les familles vis à vis de leurs proches qui se retrouvaient seuls et manquaient de ressources.
12 L’amitié entre Grimm et Diderot était tellement forte et ostentatoire que certains les soupçonnaient de relations ambigües.
13 Jacques-André Naigeon (1738-1810), homme de lettres, traducteur et philosophe français.
14 Pierre Caroillon de Melville, un des beaux-frères d’Angélique Diderot.
15 Jean Lamour (1698-1771), serrurier et ferronnier au service du duc François III de Lorraine et du roi de Pologne et duc de Lorraine, Stanislas Leszczynski. Inhumé à l’église des Minimes à Nancy.
16 Après la disparition de ses parents, Denis-Simon a vendu le domaine d’Auberive à un maître de forges qui l’a revendu à l’administration pénitentiaire en 1856 pour désengorger l’ancienne abbaye de Clairvaux, devenue, elle aussi une prison jusqu’en 1924. Aujourd’hui l’abbaye d’Auberive est la propriété privée de la famille Volot qui y a créé un centre culturel et organise des saisons artistiques durant l’été.
17 Des querelles entre les royalistes pendant la Restauration.
18 Le 7 novembre 1799.
19 Il s’agissait notamment du baron d’Aubier, ex-serviteur de Louis XVI et futur gentilhomme de la Chambre de Louis XVIII.
20 Il s’agit de Jacques-Henri Meister lui-même.
21 Ils ont eu trois enfants: Eugène-Abel-François (1812-1870), Marie-Angélique-Anne-Wilhelmine (1813-1900) et Louis-Alfred (1814-1900). Les descendants de Denis Diderot continuaient à fréquenter ceux de François-André Philidor, car Clémence Cardon, la belle-sœur de son petit-fils André-François (1800-1876) a épousé le petit-fils d’Angélique, Eugène A. F. Caroillon de Vandeul.
22 Le mari d’Angélique est décédé d’une crise d’apoplexie.
23 La coalition contre Napoléon comprenait la Prusse, la Russie, l’Autriche et la Suède.
24 La barrière de Clichy se dressait à la place de Clichy actuelle. Elle portait ce nom du fait qu’elle servait de sortie pour se rendre au village de Clichy. Les barrières autour de Paris étaient des portes dans les murs d’enceinte qui entouraient Paris intra muros et qui étaient des pointes de passage d’octroi des fermiers généraux jusqu’à la Révolution. La barrière de Clichy était un imposant bâtiment à la grecque doté de deux péristyles, de six colonnes chacun. La bataille de la barrière de Clichy a été immortalisée par un tableau d’Horace Vernet. Une statue du Maréchal Moncey s’élève depuis sur la place de Clichy, en hommage à son commandement lors de cette bataille.
25 J.G. Hess (1772-1847). Il était neveu de J. Henri Meister et résidait à Genève. Il était aussi un proche de Madame de Staël.
26 Les docteurs Bâcher père et fils ont été aussi les médecins de Denis Diderot.
27 Daniel Mornet : Histoire des grandes oeuvres de la littérature française, 1925
Maurice Pelisson : Diderot et sa fille dans La revue pédagogique 1913
28 Entre autres, J. Geffriaud-Rosso : Diderot et Angélique à travers la correspondance. Revue belge de philologie et d’histoire, tome 10/3 1992.
Ginette Kryssing-Berg : L’image de la femme chez Diderot, Revue Romane, vol.20 1985 Copenhague


















































































































































